La rivière Saint-Charles est fortement liée à l’histoire de Québec. Cartier
en remarque la beauté et séjourne à proximité; Champlain envisage d’y fonder
Ludovica, une ville d’inspiration baroque qui ne verra jamais le jour.
Au 19e siècle, construction navale et activités portuaires
intenses dégradent lourdement l’estuaire de la Saint-Charles. Devenue le premier
parc industriel de Québec à l’orée du 20e siècle, la basse
Saint-Charles est boudée par les habitants riverains.
Les ans passent et le paysage demeure marqué par la présence d’usines
désaffectées et de dépotoirs municipaux, sans parler des égouts qui se déversent
dans les eaux de la rivière. Divers projets de revitalisation du site sont
évoqués durant la seconde moitié du 20e siècle, mais une véritable
naturalisation des lieux se fait attendre.
Redonner ses lettres de noblesse à une rivière qui a influencé l’histoire de
Québec, tel est l’objectif que se donne la Ville de Québec en 1996. Elle amorce
alors l’assainissement de la rivière Saint-Charles et la restauration de ses
berges. Le gouvernement fédéral, le gouvernement provincial et la Fondation de
la faune du Québec se joignent ensuite à la Ville pour investir dans l’épuration
de la rivière.
L’investissement global atteint 150 millions de dollars. Il sert à démolir
8 kilomètres de murs bétonnés, à redonner aux berges leur état naturel, à
aménager un sentier multifonctionnel et à construire des bassins souterrains de
rétention. Ces bassins captent les trop-pleins d’eaux usées produites en temps
de pluie et réduisent d’environ 95 % les débordements et déversements d’égout
dans la rivière. Un tel assainissement autorise le rêve d’activités nautiques
d’ici quelques années. Les 14 immenses cuves souterraines, disposées entre les
canalisations et la rivière Saint-Charles, accordent ainsi un répit nécessaire
aux stations d’épuration qui ne fournissaient plus.
Lier la rivière à sa source
La Ville va plus loin en reliant la basse Saint-Charles à sa source, le lac
Saint-Charles, qui s’étale au pied des Laurentides. Un réseau de sentiers
pédestres serpente le long de la rivière et relie en continu, sur plus de
30 kilomètres, le lac et le fleuve.
La revitalisation de la rivière Saint-Charles et de son rivage modifie
l’image de la ville de Québec. Signe qui ne trompe pas, les projets immobiliers
fusent le long des berges de la basse Saint-Charles, là où personne ne songeait
à s’installer il y a quelques années à peine.
Des espaces fauniques qui renaissent
La renaturalisation crée de nouvelles berges et des herbiers aquatiques tout
au long de la rivière. D’ici à ce que les déchets se décomposent et se
minéralisent, des espèces adaptées au type d’habitat offert par la rivière – eau
chaude, bas débit et faible taux d’oxygène – pourraient revenir : grands
brochets, achigans à petite et grande bouche, dorés jaunes, carpes et
perchaudes, principalement. Les pêcheurs devront cependant attendre un peu avant
d’y tremper leur hameçon.
Trois descentes à la rivière – aménagées à proximité du pont Lavigueur, au
parc Victoria et à l’extrémité de la 4e Avenue dans l’arrondissement
de La Cité-Limoilou – rendent possible la mise à l’eau de canots, pédalos ou kayaks.
Tout près, entre les ponts Marie-de-l’Incarnation et de l’Aqueduc, une grève
invite à la détente et à l’observation des berges. Des zones de frai et
d’alimentation pour diverses espèces animales côtoient des étangs et divers
habitats fauniques.
Damée en hiver, la portion cyclable du sentier longeant la rivière est ainsi
accessible toute l’année. Avec le temps, les conifères plantés créeront de beaux
paysages hivernaux qui ne manqueront pas d’étonner les randonneurs.
La rivière Saint-Charles revitalisée donne à la basse-ville de Québec une
noblesse à laquelle Champlain la prédestinait.