Champlain fonde Québec

Champlain traçant le plan de Québec.
Gravure : « Souvenir du IIIe centenaire,
1608-1908 », Archives de la Ville de Québec
3 juillet 1608. Samuel de Champlain remonte le fleuve Saint-Laurent en
compagnie de 26 engagés – bûcherons, charpentiers et laboureurs. Mandaté par
Pierre Dugua de Mons, qui détient un monopole de commerce des fourrures,
Champlain vient pour établir un comptoir de traite. Lorsqu’il arrive, point de
trace de Stadaconé. Sa population iroquoienne a déserté la vallée du
Saint-Laurent pour des raisons que l’on ignore encore. Seuls des peuples nomades
algonquiens fréquentent les lieux pour pêcher l’anguille et faire du troc.
Champlain s’installe sur la pointe de Québec, aujourd’hui place Royale, un
havre naturel. Le site est idéal. Du haut du cap aux Diamants, il est facile
d’observer les allées et venues sur le fleuve Saint-Laurent.
Rapidement, Champlain fait construire son Abitation de bois sur l’emplacement
de l’actuelle église Notre-Dame-des-Victoires. Le bâtiment sert à la fois de
résidence, de fort et de magasin. Il devient aussi très vite un lieu de
rencontre où diverses nations amérindiennes viennent échanger des fourrures
contre des produits européens.
Fabuleuse Ludovica
Dans un mémoire de 1618, Champlain décrit un projet, celui d’établir une
grande ville sur les bords de la rivière Saint-Charles (là où se trouvent
aujourd’hui les quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur) et de la baptiser
Ludovica en l’honneur du roi Louis XIII. Ce projet ne verra toutefois jamais le
jour : la mort de Champlain met fin à ce rêve de ville grandiose.
Naissance de la haute-ville

L’Abitation de Champlain, en bois, fut construite en quelques jours.
Gravure : The first House erected in Quebec,
1880, Archives de la Ville de Québec.
Champlain pense également à la défense de la ville. En 1620, il fait
construire sur le cap le fort Saint-Louis, près de l’actuel Château Frontenac.
C’est le début de la haute-ville. L’endroit est stratégique: le fort surplombe
le fleuve et domine l’Abitation tout en bas. Quelques bâtiments de bois entourés
d’une palissade forment le fort. Un sentier communique entre l’Abitation de la
basse-ville et le fort Saint-Louis : ce chemin correspond en partie à l’actuelle
côte de la Montagne.
La vie de château
Quatre forts et deux châteaux Saint-Louis se
sont succédé entre 1620 et 1834. Sièges du pouvoir exécutif de la colonie
pendant plus de 200 ans, ils ont également servi de résidence officielle à
tous les gouverneurs du Régime français, et à plusieurs du Régime anglais.
Bals, réceptions et autres activités s’y tenaient. On dit même que le
gouverneur Frontenac, pour impressionner ses invités amérindiens, leur
faisait servir des glaces de toutes les couleurs préparées par son
confiseur.
Dans la mire des Anglais

Champlain, sachant la colonie trop faible pour combattre, négocie les termes de
la capitulation de la ville, le 14 septembre 1629.
Gravure : Our first footing in Canada : Champlain
surrendering Quebec to Admiral Kirke, July 20, 1629, The Illustrated London
News, 21 février 1903, Archives de la Ville de Québec.
Avant la guerre de la Conquête, Québec est la cible d’attaques des Anglais à
deux reprises. La première fois, en 1629, les frères Kirke en prennent
possession au nom de l’Angleterre. Champlain et une grande partie de la
population quittent les lieux, laissant quelques colons derrière eux. Québec est
rendue à la France en 1632.
La deuxième attaque survient le 16 octobre 1690. William Phips arrive à
Québec avec une flotte d’une trentaine de navires et plus de 2 000 hommes. C’est
alors que le gouverneur Louis de Buade, comte de Frontenac, répond par sa
célèbre tirade au messager de Phips venu le sommer de rendre la ville: «Je nay
point de reponse a faire a vostre general que par la bouche de mes canons et a
coups de fuzil...» Les troupes de Phips sont repoussées, sa flotte repart pour
la Nouvelle-Angleterre.
Québec évite un troisième assaut grâce à dame Nature. Juillet 1711, l’amiral
anglais Hovenden Walker fait voile vers Québec avec une flotte de 70 navires et
12 000 hommes pour s’emparer de la capitale. Par une nuit de tempête, huit de
ses navires se brisent sur les récifs de l’île aux Œufs (en Côte-Nord). Près de
750 hommes périssent. Ébranlé, Walker rebrousse chemin.
Toute une mise en scène!
Une chaloupe arborant un drapeau blanc
quitte le navire de l’amiral Phips. À son bord, l’émissaire de Phips. Dès
qu’il débarque en ville, on lui bande les yeux de façon à cacher la
faiblesse défensive de la ville. Sur le chemin pour aller rencontrer
Frontenac, l’émissaire est harcelé à plusieurs reprises par un même petit
groupe de personnes, et il croit avoir affaire à une population nombreuse et
confiante.
En guise de reconnaissance

L’église Notre-Dame-des-Victoires à la fin des années 1990.
Photo : Place Royale la nuit. L'église Notre-Dame-des-Victoire. Québec. Canada,
après 1989, Archives de la Ville de Québec.
On construit l’église Notre-Dame-des-Victoires de place Royale en 1688.
D’abord appelée église de l’Enfant-Jésus, elle devient
Notre-Dame-de-la-Victoire à la suite de la victoire contre Phips. Après
l’invasion ratée de 1711, on la rebaptise Notre-Dame-des-Victoires.
Québec se fortifie
Entre 1620 et 1665, Québec se dote d’ouvrages militaires souvent
rudimentaires. En 1690, une enceinte de 11 redoutes (ou tours) reliées par des
palissades est érigée à la hâte. C’est la première d’une série d’enceintes
construites pour fermer la ville. On devra attendre 1745 – alors que Québec est
prise de panique en raison de la capitulation de Louisbourg (capitale de la
colonie de l’île Royale, l’actuelle île du Cap-Breton) aux mains des Anglais –
pour qu’une nouvelle enceinte ferme définitivement la ville. Suivant les plans
de l’ingénieur Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, ces fortifications intègrent
des composantes d’enceintes antérieures.
La naissance d’une capitale
Depuis sa fondation, Québec est dirigée par un gouverneur. À sa charge: le
commandement militaire, la direction civile et l’exécution des arrêts royaux. Le
seul pouvoir qui lui échappe est celui de la gestion financière, assurée par des
compagnies de commerce davantage préoccupées par la traite des fourrures que par
leurs obligations de peupler la colonie. Fait intéressant, le gouverneur était
parfois actionnaire de ces compagnies.
Mais les choses changent en 1663: le roi de France, Louis XIV, prend
directement charge de la colonie et implante une véritable administration
coloniale. Désormais figurent au rang des dirigeants de Québec, en plus du
gouverneur, un intendant et un conseil souverain. La ville devient
officiellement la capitale de la Nouvelle-France.
« L’œil et la main du roi »
C’est ainsi que Louis XIV décrit le
rôle de l’intendant. Le premier titulaire du poste est Jean Talon. Durant
ses mandats (1665-1668 et 1670-1672), Talon s’emploie à l’accroissement de
la population et au développement économique. On lui doit le chantier de
construction navale de la rivière Saint-Charles et la première brasserie de
la Nouvelle-France, construite à la basse-ville dans le secteur actuel de
l’îlot des Palais.
L’empreinte du clergé

Trois augustines débarquent à Québec le 1er août 1639 pour fonder l'Hôtel-Dieu.
Photo : Arrivée des Hospitalières à Québec, 1922, Musée des Augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec.
Le clergé s’implique très tôt dans le développement de Québec. La
venue des Récollets en 1615 marque le début d’une vaste entreprise
de conversion. Dix ans plus tard arrivent les Jésuites, qui fondent
le Collège des Jésuites en 1635. En 1639, trois ursulines, dont
Marie de l’Incarnation, viennent implanter un monastère et une école
pour filles. La même année, trois hospitalières fondent l’Hôtel-Dieu
de Québec. Avec 1692, sous l’impulsion de Mgr de Saint-Vallier,
l’Hôpital général voit le jour.
François de Laval arrive à Québec en 1659, à titre de vicaire apostolique. Il
fonde en 1663 le Séminaire de Québec, destiné à recruter et à former le clergé,
puis le Petit Séminaire en 1668. L’homme devient le premier évêque du diocèse de
Québec à sa création en 1674. L’église Notre-Dame-de-la-Paix (aujourd’hui
Notre-Dame-de-Québec) devient alors cathédrale.
Au fil des ans, Québec évolue. Elle est lieu de pouvoir
politique, centre administratif, religieux et commercial. À la fin
du Régime français, ses 8 000 habitants se répartissent dans les
faubourgs Saint-Roch et Saint-Jean et dans des seigneuries allant de
Beauport à Saint-Augustin-de-Desmaures.
Au rythme des marchands
La grande ville portuaire de la Nouvelle-France, c’est Québec. Son port fait
partie d’un réseau d’échanges commerciaux entre la France, les Antilles,
l’Acadie et Terre-Neuve. Les navires exportent fourrures et bois. Ils importent
des produits européens et antillais. Cette activité maritime imprègne place
Royale.
Déjà une femme d’affaires!
Marie-Anne Barbel, épouse du marchand bourgeois Jean-Louis Fornel, gère le
magasin de son mari, davantage attiré par le commerce des fourrures. Au
décès de son époux, elle continue de tenir l’entreprise. Son capital
immobilier est impressionnant : sept maisons dans la basse-ville, une maison
en haute-ville, un terrain sur le bord de la grève, une seigneurie et cinq
terres à proximité de Québec. La guerre de la Conquête lui fera perdre des
sommes considérables, et les bombardements endommageront ses propriétés.
Elle mourra en 1793, à l’âge de 90 ans.
Un promoteur avant la lettre!
Henry Hiché (1672-1758), marchand
et haut fonctionnaire, vend tellement de parcelles de terrains dans
Saint-Roch qu’une partie du secteur porte à l’époque son nom: le faubourg
Hiché.