L'établissement français

En 1608, Samuel de Champlain fait construire une première
habitation sur la pointe de Québec, là où le fleuve se rétrécit.
Photo : Archives nationales du Québec, N874-271
Le comptoir de Québec
En juillet 1608, Samuel de Champlain débarque au lieu-dit Québec. À la
demande de Pierre Dugua, sieur de Mons, détenteur d'un monopole de commerce, il
vient établir un comptoir de traite des fourrures. Le site choisi semble idéal.
Du haut du promontoire, le cap Diamant, il est facile d'observer et de contrôler
les allées et venues sur le fleuve Saint-Laurent. À cet endroit, celui-ci n'a
qu'un kilomètre de largeur. Le mot Kebek signifie d'ailleurs, en langue
algonquienne, « là où c'est bouché », là où le fleuve rétrécit. En plus de
présenter un intérêt stratégique, la pointe de Québec est dotée d'un havre
naturel et elle est déjà fréquentée par des groupes d'autochtones.
Champlain fait construire une Abitation de bois qui sert à la fois
de résidence, de fort et de magasin pour les marchandises de traite, la
nourriture et la fourrure. Une palissade de pieux, des canons, un fossé et un
pont-levis en protègent l'accès. Dès 1609, des groupes d'Amérindiens y viennent
régulièrement échanger des fourrures contre des produits européens. Québec
devient aussi un point de ralliement missionnaire avec l'arrivée des Récollets
en 1615. Un fort, construit sur le cap, marque la naissance de la Haute-Ville.
Cependant, vingt ans après sa fondation, Québec ne compte encore que 72
habitants.
Une ville, une mission et des seigneuries
À partir de 1627, la compagnie des Cent-Associés devient responsable du
peuplement de la colonie. Elle nomme Charles Huault de Montmagny au poste de
gouverneur. Il doit transformer le comptoir de Québec en une ville. Dès son
arrivée, en 1636, il fait tracer de nouvelles rues et la première artère
extérieure, le grand chemin de Cap-Rouge ou chemin Saint-Louis. Sur le
promontoire, il veille à la construction de l'église Notre-Dame-de-la-Paix et à
celle du château Saint-Louis, résidence des gouverneurs et centre de
l'administration. Tout près, les Ursulines, les Augustines et les Jésuites
fondent les premières institutions de la colonie, deux écoles et un hôpital.
L'activité commerciale reste concentrée à la Basse-Ville, près du port du
Cul-de-Sac.

« A Perspective View of the City of Quebec, the Capital of
Canada » (gravure). [ca 1759]
Gravure : Archives de la Ville de Québec; collection
iconographique; négatif 7133.
Une disposition de la charte de la compagnie des Cent‑Associés prévoit
l'instruction des Autochtones à la foi et à la religion catholiques. Les
Jésuites s'y emploient dès 1637 en établissant une mission à une lieue de
Québec, dans une anse où les Algonquiens pêchent l'anguille. La terre accordée
par Noël Brûlart de Sillery portera son nom. À leur arrivée, c'est là que les
Augustines ouvrent le premier hôpital. Toutefois, devant la menace iroquoise, le
gouverneur les rappelle à Québec. La mission Saint-Joseph poursuivra ses
activités jusqu'à la fin du siècle.
Les environs de Québec se peuplent. Le territoire est divisé en seigneuries
qui s'étendent en bandes parallèles le long du Saint-Laurent, principale voie de
communication. D'est en ouest s'alignent les seigneuries de Beauport,
Notre‑Dame‑des‑Anges, Saint-Ignace, Sillery, Saint-Gabriel (au nord de la
précédente), Gaudarville et De Maure. Elles couvrent tout le territoire de
l'actuelle ville de Québec, depuis Beauport jusqu'à Saint-Augustin-de-Desmaures.
Malgré la menace iroquoise – des colons sont massacrés à Cap-Rouge et à
Sillery –, les immigrants préfèrent la campagne à la ville. La possession d'une
terre permet de subsister et de constituer un héritage. En 1663, environ 550
personnes vivent à Québec, tandis que l'arrière‑pays compte 1 400 habitants.
Ville et campagne, un lien d'interdépendance
Québec accède officiellement au rang de capitale de la Nouvelle-France en
1663. Lieu de pouvoir, centre administratif, judiciaire et commercial, la ville
joue aussi un rôle important sur le plan religieux. Le Séminaire de Québec y
forme tous les prêtres de la colonie, et la ville devient le siège de l'évêché
de Québec en 1674. Le diocèse s'étend sur toutes les possessions, présentes et
futures, de la couronne de France en Amérique du Nord.
À partir du moment où le roi Louis XIV s'intéresse à
la Nouvelle-France, le peuplement progresse. À la fin du
XVIIe siècle, les rangs Saint-Joseph et Saint-Michel de la
seigneurie de Beauport se développent. Tous les emplacements du premier rang et
du bourg du Fargy – le village proprement dit – ont déjà été concédés. Dans la
paroisse de Charlesbourg, fondée en 1693, plusieurs petites agglomérations
rurales se dessinent : les « petits et grands » Saint‑Joseph, Saint-Antoine et
Saint-Bernard. Au centre, le village de Charlesbourg se distingue. Pour assurer
une meilleure protection des colons, les Jésuites ont imaginé une forme
originale d'occupation du territoire. Sur une partie de leur seigneurie
Notre-Dame-des-Anges, ils ont délimité un carré de 25 arpents à l'intérieur
duquel se trouvent l'église, le presbytère, le cimetière et la commune. Les
habitations sont construites autour de ce trait-carré. Les terres
s'étendent au-delà, selon un mode de lotissement radial. L'expérience est
répétée à la Petite‑Auvergne et au Bourg‑Talon.
Les Jésuites ont aussi fondé une nouvelle mission à Lorette. Elle compte
quelques centaines d'Autochtones, surtout des Hurons, qui décident de déménager
plus au nord en 1697, sur les rives de la Saint-Charles. La localité prend alors
le nom de L'Ancienne-Lorette et la nouvelle mission celui de Jeune-Lorette. La
paroisse de Sainte-Foy est, pour sa part, fondée en 1698. Son territoire s'étend
jusqu'à Cap-Rouge. Une chapelle est construite sur le chemin Saint-Michel
(chemin Sainte-Foy), près de l'actuelle route de l'Église. Elle dessert les
habitants des seigneuries de Sillery et de Gaudarville. À l'extrémité ouest du
territoire, la paroisse de Saint‑Augustin‑de‑Desmaures est fondée en 1691.
À la fin du Régime français, le territoire de l'actuelle ville de Québec
forme un paysage de contrastes saisissants. Boisés, villages, champs en culture
et pâturages entourent la ville de 8 000 habitants. Celle-ci se démarque par son
architecture monumentale, ses fortifications, ses rues boueuses et insalubres,
ses riches maisons de maçonnerie et ses bicoques des faubourgs Saint-Jean et
Saint-Roch. Malgré son urbanité et son statut de capitale, Québec reste une
petite ville coloniale liée étroitement à l'arrière-pays. Les habitants viennent
s'y procurer des marchandises de France et vendre leurs surplus agricoles et du
bois de chauffage aux deux marchés de la ville.
La Conquête britannique
Une imposante flotte britannique jette l'ancre près de Québec en juin 1759.
Tout le territoire est en état d'alerte. La côte de Beauport, où les Français
attendent un débarquement, est fortifiée. La ville est bombardée sans relâche à
partir du 12 juillet. Plus de 200 maisons sont détruites. À la suite d'une
victoire française sur la rive droite de la Montmorency, le commandant des
forces britanniques, James Wolfe, tente le tout pour le tout : le 13 septembre,
ses troupes débarquent à l'Anse-au-Foulon. Elles escaladent la falaise, occupent
les hauteurs d'Abraham et remportent une victoire décisive sur l'armée
française. Cinq jours plus tard, la capitale de la Nouvelle-France capitule.
En avril 1760, le maréchal de Lévis remporte la bataille de Sainte-Foy.
Cependant, l'arrivée de renforts britanniques oblige l'armée française à se
replier sur Montréal qui capitule à son tour, en septembre 1760. Trois ans plus
tard, la plupart des possessions françaises d'Amérique du Nord sont cédées à la
Grande-Bretagne. L'ancienne capitale de la Nouvelle-France devient celle de la
« Province of Quebec ».
Louise Côté
Historienne