Qui ne rêve pas de séjourner quelque temps dans un château? En
franchissant le grand portail du refuge Notre-Dame-de-la-Merci en 1931,
les « résidentes » ne se bercent cependant d’aucune illusion... Cet
imposant bâtiment aux allures de château médiéval abrite la prison des
femmes!
Une prison pour les femmes

Maison Gomin, en 1931.
Archives de la Ville de Québec.
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En 1929, le gouvernement du Québec autorise la construction d’une nouvelle
prison destinée à la détention des femmes exclusivement. À cette époque,
l’emplacement choisi est situé aux abords de Québec, dans la municipalité de
la paroisse de Sainte-Foy.
L’architecte Raoul Chênevert, réputé pour ses nombreuses réalisations en
architecture publique et privée, propose un bâtiment de trois étages, qui
pourra être agrandi par l’arrière selon les besoins. Le corps principal
comporte d’imposantes tours s’élevant au-dessus de la toiture monumentale,
couverte de feuilles de cuivre. Les murs en pierre de taille cachent une
solide ossature de béton armé. Le plan irrégulier du bâtiment est inspiré du
système pénitentiaire de l’État de Pennsylvanie, qui se caractérise par des
cellules individuelles longeant un corridor central. La fonction carcérale
de l’édifice commande en outre une tour de guet et une cour murée à
l’arrière.
Des apparences bien trompeuses
Le modèle néomédiéval, associé aux châteaux du Moyen Âge, est retenu pour la
façade du bâtiment, isolé sur un vaste terrain. Certaines sources
mentionnent qu’Henriette Barrot, membre de l’agence de son mari, Raoul
Chênevert, aurait eu une contribution importante dans ce projet. Popularisé
à la fin du 19e siècle, le style château est parfaitement
maîtrisé des architectes, qui avaient soumis en 1926 un remarquable projet
d’agrandissement (non réalisé) du Château Frontenac.
L’emploi tardif de ce vocabulaire architectural s’explique sans doute par sa
puissance évocatrice. Une prison est impressionnante, voire effrayante, par
la fonction qu’elle abrite. Inspirés des châteaux forts, les créneaux,
mâchicoulis et contreforts, ainsi que les gracieuses tours, tourelles et
échauguettes atténuent le caractère sévère de l’établissement. Ces éléments
confèrent un certain prestige au bâtiment, construit dans un secteur appelé
à se développer dans un proche avenir. Dans l’esprit des constructeurs, il
est clair que les propriétaires qui s’établiront dans ce nouveau secteur
résidentiel préféreront le voisinage d’un château à celui d’une prison.
L’œuvre des religieuses du Bon-Pasteur

Entrée principale de la Maison Gomin.
Archives de la Ville de Québec.
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La prison, inaugurée le 24 octobre 1931, est confiée aux religieuses du
Bon-Pasteur, qui habitent la partie ouest de l’édifice. Le refuge
Notre-Dame-de-la-Merci est ainsi nommé en mémoire de l’ordre de la Merci,
fondé au 13e siècle et voué au rachat des prisonniers capturés
par les Maures. En 1968, dans la foulée de la Révolution tranquille, le
centre de détention est rebaptisé « Maison Gomin » en souvenir du docteur
Anet Gomin, chirurgien et herboriste, propriétaire de la terre au 17e siècle.
L’administration et la garde des détenues sont remises au ministère de la
Justice en 1972. Une religieuse continue cependant d’occuper le poste de
directrice jusqu’en 1981. Une autre agit comme agente de la paix jusqu’à la
fermeture de la prison, en 1992. Les détenues sont alors transférées dans
une section de la prison d’Orsainville, en banlieue nord de Québec.
Monument et lieu de mémoire
En 2001, la Ville de Sainte-Foy confère le statut de « site du patrimoine » à
la Maison Gomin, assurant ainsi la protection du terrain sur lequel
l’édifice est construit, au même titre que son architecture.
Après un long processus de consultation publique, le bâtiment, laissé vacant
depuis 1992, est transformé en centre commémoratif multifonctionnel.
L’enveloppe extérieure de l’édifice est soigneusement restaurée, en
préservant son caractère original. L’intérieur est entièrement remodelé. Une
salle abritera un musée témoignant de l’histoire du bâtiment.
Sources
Gagnier, Ghislaine. « La maison Gomin, château-prison », texte d’une
conférence prononcée devant la Société d’histoire de Sainte-Foy le 27
octobre 1999.
Jobidon, Hélène, Luc Noppen et Paul Trépanier. « Maison Gomin »,
Québec monumental 1890-1990. Québec, Septentrion, 1990, p. 93.
Légaré, Denyse. « Maison Gomin ». Historique et description pour le répertoire
du patrimoine culturel du Québec, Ministère de la Culture, des
Communications et de la Condition féminine, 2005.