Prouesse de génie civil, le pont de Québec, avec une
portée de 549 m entre ses deux piliers principaux, est le pont
cantilever – autrement dit, en porte-à-faux, sans câbles – le plus
long au monde.
Un lien à concrétiser
Au milieu du 19e siècle, le développement de Québec est menacé par
l’absence de lien ferroviaire avec la rive sud. Entre le quai de la Gare à
la Pointe-Lévy et le port de Québec, le transport des passagers et des
marchandises est assuré par le traversier ou le pont de glace en hiver.
En 1887, la Compagnie du pont de Québec choisit le site actuel, à quelque
distance de Québec et de Lévis, parce qu’il nécessite un investissement
moins important.
Une première phase dramatique
La construction est confiée à la Phoenix Bridge Company de l’État de
Pennsylvanie, sous la direction de l’ingénieur américain Theodore Cooper.
Sir Wilfrid Laurier, premier ministre du Canada, pose la première pierre en
1900. L’année suivante, le premier caisson est mis en place pour servir à la
construction du pilier nord du pont.

Effondrement du pont de Québec.
Archives de la Ville de Québec.
Description complète >
L’édification de la superstructure débute en 1905. En cours de réalisation,
divers problèmes soulèvent l’inquiétude. Certaines pièces sont difficiles à
aligner et plusieurs se courbent. On fait cependant confiance à l’ingénieur,
qui, de son bureau de New York, soutient que ses calculs sont exacts.
Le 29 août 1907, à 17 h 37, la structure sud du pont s’écroule sur la rive et
dans les eaux du fleuve, entraînant dans sa chute une centaine d’ouvriers
qui y travaillent encore. L’effondrement cause la mort de 76 hommes.
La commission d’enquête attribue l’accident à des erreurs fondamentales dans
la conception des plans, ainsi qu’à un manque de jugement de l’ingénieur
Cooper, qui a modifié la distance entre les piliers principaux sans revoir
ses calculs.
Encore une tragédie
Confiés à la St. Lawrence Bridge Co., les travaux reprennent en 1908. La
superstructure est assemblée entre 1913 et 1916 selon le système en K, un
treillis jugé plus efficace, élégant et facile à construire.
Le 11 septembre 1916, on procède à la levée de la travée centrale devant plus
de 100 000 personnes rassemblées pour la circonstance. Soudain, dans un
fracas effrayant, la structure se tord et s’engouffre dans les profondeurs
du fleuve. Un défaut dans le moulage d’un support est à l’origine de cette
deuxième tragédie, qui cause la mort de 13 personnes et en blesse 14 autres.
On danse enfin sur le pont!
La seconde travée centrale est construite en moins de trois mois. Tirée par
sept remorqueurs, elle quitte l’anse de Sillery, le 17 septembre 1917, pour
être hissée à une hauteur de plus de 45 m. Trois jours plus tard, elle est
enfin ancrée aux bras cantilever. Au grand ravissement des spectateurs, un
ouvrier s’avance sur la structure et exécute une gigue sur une étroite pièce
d’acier.
On s’empresse de terminer le tablier du pont en construisant deux voies
ferrées. Un convoi spécial fait l’aller-retour Québec-Lévis le
17 octobre 1917. Le pont de Québec est inauguré officiellement par le prince
de Galles, le 22 août 1919.
Un pont carossable

Pont de Québec.
Archives de la Ville de Québec.
Description complète >
Une première voie carrossable est ouverte aux automobiles en 1929. D’une
largeur de 4,27 m, elle permet aux voitures de se rencontrer. Toutefois, la
circulation doit être interrompue dans un sens au passage d’un autobus ou
d’un camion de largeur excédentaire.
En 1948, une voie ferrée est enlevée et l’autre est déplacée afin d’élargir le
chemin carrossable à 9,15 m. L’ouvrage est inauguré en 1952.
Les deux catastrophes entourant sa construction ont fait entrer le pont de
Québec dans la légende. En 1987, il est désigné Monument historique
international du génie civil par l’American Society of Civil Engineers et
par la Société canadienne de génie civil. Le gouvernement canadien le
reconnaît Lieu historique national en 1996. Ces honneurs reviennent au
courage et à la ténacité des constructeurs qui ont surmonté de multiples
écueils et difficultés.
Source
L’Hébreux, Michel. Le pont de Québec. Sillery, Les Éditions de
Septentrion, 2001.