Du temps de Stadaconé

En 1541, Jacques Cartier tente en vain de fonder une
colonie près de Stadaconé.
Photo : Ville de Québec
En septembre 1535, Jacques Cartier jette l'ancre près de l'embouchure d'une
rivière qu'il nomme Sainte-Croix (aujourd'hui Saint-Charles). À la recherche
de richesses et d'une nouvelle route vers l'Asie, il explore cette partie de
l'Amérique septentrionale au nom du roi de France, François
Ier.
Sur l'emplacement actuel du parc Cartier-Brébeuf, le capitaine malouin fait
ériger un fort de pieux. À proximité se trouve le village de Stadaconé qui est
« aussi bonne terre qu'il soit possible et bien fructiférante ». Environ cinq
cents Iroquoiens y vivent, regroupés dans des maisons longues. Outre les
produits de la chasse et de la pêche, ils tirent leur subsistance de la culture
du maïs, de courges et de haricots.
Pour les Européens, le premier hiver laurentien est tragique. Ils doivent
subir le froid, la neige, la faim et surtout le scorbut qui décime une partie de
l'équipage. Les hommes de Cartier sont sauvés in extremis par une
tisane de cèdre blanc, l'annedda. Dès le mois de mai 1536, les
survivants retournent en France, après avoir enlevé quelques habitants de
Stadaconé et le chef du village, Donnacona. Ces derniers ne reverront jamais
l'Amérique.
Cartier revient fonder une colonie en 1541. Il agit sous les ordres du
lieutenant général Jean‑François de La Rocque de Roberval. Arrivé à Stadaconé au
mois d'août, avec cinq navires, il choisit de s'établir à l'embouchure d'une
rivière qui portera le nom de Cap-Rouge. Il fait labourer la terre et construire
deux forts, l'un sur la grève, l'autre au sommet du cap. L'hiver est difficile;
le scorbut et le harcèlement des autochtones, devenus hostiles, incitent Cartier
à retourner en France. Il rapporte une cargaison de pyrite de fer et de quartz
qu'il prend pour de l'or et des diamants. Sur la route, il croise le sieur de
Roberval qui tente à son tour de s'établir au même endroit. Le scorbut fait à
nouveau des ravages. En juin 1543, on rapatrie les colons, mettant ainsi fin à
la première tentative de peuplement français en Amérique du Nord.
Quand Samuel de Champlain s'installe à Québec en 1608, le village de
Stadaconé n'existe plus et les Iroquoiens ont déserté la vallée du Saint-Laurent
pour s'établir dans la région des Grands‑Lacs. On avance plusieurs hypothèses
pour expliquer leur départ : la maladie, un refroidissement du climat, et
surtout les guerres entre nations autochtones.
À l'aube du XVIIe siècle, le site
actuel de la ville de Québec est visité par des nomades algonquiens. Ils
viennent pêcher l'anguille et faire du troc.
Louise Côté
Historienne