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Patrimoine

L'Affaire Chaloner – Whittaker

4 mars 2019 (10 votes )

Texte de Albane Pélisson, archiviste au SPVQ

Un événement fait grand bruit à Québec au printemps 1869 : un officier britannique en garnison dans la ville a été tué au Skating Rink sur Grande Allée. Le Journal de Québec du 4 mars relate en ces termes les faits survenus la veille :

« Un enseigne du 53e régiment, M. Whittaker, s’était livré pendants quelques heures à l’exercice du patin, en compagnie de plusieurs amis, et s’avançait près de la porte de sortie, bras dessus bras dessous avec M. Porter, de l’Artillerie Royale, quand tout à coup M. Chaloner, jeune homme âgé à peine de 18 ans, lui barre le passage et dirige sur lui un pistolet en lui disant : « Vous savez bien pourquoi j’en agis ainsi » et il fit feu. » (Le Journal de Québec, 4 mars 1869, p. 2)

Arrêté sur les lieux du crime sans opposer de résistance, John Chaloner est placé en état d’arrestation par la police de Québec dans l’attente de son procès. Celui-ci s’ouvre le 3 mai 1869 au Palais de Justice de Québec, sous la présidence des juges Duval et Caron. Quelles circonstances ont donc conduit le jeune Chaloner à commettre un meurtre de sang-froid ?

L’enquête révèle que l’enseigne Whittaker a séduit et déshonoré une des sœurs de l’accusé, l’abandonnant enceinte. Whittaker ayant refusé d’épouser la jeune fille, Chaloner agit pour venger l’honneur de sa famille. Dans sa plaidoirie, l’avocat de la défense insiste sur l’infamie des actes commis par la victime, allant jusqu’à justifier l’acte de Chaloner par le crime commis par Whittaker. Après de longues délibérations, les douze jurés rendent leur verdict le 5 mai et déclarent Chaloner non coupable ! Celui-ci est aussitôt libéré. De nombreux journaux se sont fait l’écho de ce procès, au Québec, à New York et jusqu’à Londres. À cette époque, le sort des filles-mères n’était guère enviable et leurs « séducteurs » n’encourraient que des peines minimes (versement de « dommages pour séduction » ou autres « frais de gésine »). Face à une situation vécue comme une injustice, l’opinion publique et les jurés se sont ainsi rangés du côté de l’accusé.

Sources publiées :

  • Marcelle Cinq-Mars, Gibiers de potence. Des meurtres dans le Québec du XIXe siècle, Athéna Éditions, 2016, 149 p.
  • Marie-Aimée Cliche, « Les filles-mères devant les tribunaux du Québec, 1850-1969 », Recherches sociographiques, 1991, 32(1), 9–42.
  • Le Journal de Québec du jeudi 4 mars 1869, (p.2, Rubrique « Faits divers »)
  • Le Constitutionnel (Trois-Rivières) du 10 mai 1869

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