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Patrimoine

Chronique toponymique : rue Catherine-Jérémie

20 février 2019 (5 votes )

Texte de Charlotte Biron

Cette chronique mensuelle rend hommage aux histoires cachées derrière les noms de lieux à Québec. Chaque mois, un auteur émergent soutenu par Première Ovation s’inspire du patrimoine pour créer de courtes œuvres où le réel croise l’imaginaire. Ce mois-ci, découvrez Catherine Jérémie (1664-1744), qui a donné son nom à une rue du quartier Saint-Sacrement.

Rue Catherine-Jérémie

Une herbiériste

En 2006, je suis rentrée de l’hôpital toute seule après mon accouchement. Je me souviens de la neige brune sous mes pieds, en dessous du bébé. J’étais exténuée et je n’arrivais pas à trouver un nom pour ma fille. Pendant un mois, je l’ai appelée « bébé ». Je n’ai pas remarqué non plus qu’on avait changé le nom de la rue.

Un soir, je suis sortie avec elle. Le printemps commençait timidement à Québec. Les pieds dans la sloche, je la berçais, en promenant son corps à ma droite, à ma gauche. Je me suis arrêtée au bout du trottoir. J’ai levé les yeux et j’ai remarqué que je n’habitais plus sur Maricourt. La rue avait changé de nom pour Catherine-Jérémie. J’ai regardé le bébé, et j’ai souri.

Je lui ai raconté qu’elle s’appelait Catherine à cause de notre rue quand elle a eu huit ans, parce qu’en deuxième année primaire, elle a fait un herbier à l’école. Pendant un mois, elle a ramassé tout ce qu’elle trouvait dehors. Des pissenlits au parc, des jonquilles arrachées chez la voisine, de l’herbe à puce près de la rivière. Elle m’a annoncé qu’elle voulait devenir « herbiériste », alors je lui ai parlé de Catherine Jérémie. J’avais découvert que celle qui veillait désormais sur notre rue avait été sage-femme et herboriste en Nouvelle-France.

J’ai raconté à ma fille que Catherine Jérémie était savante et qu’elle avait envoyé ses notes et ses plantes séchées en France. Elle m’a demandé si on pouvait voir son herbier, alors on a écrit aux employés du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris. On leur a dit qu’on savait que c’était un document vieux de 400 ans, mais que ce serait gentil de nous faire des photocopies et de nous les envoyer par la poste.

On leur a expliqué qu’ils ne la trouveraient peut-être pas sous le nom « Jérémie », parce que son père s’appelait Noël Jérémie, dit Lamontagne. On leur a dit de regarder aussi sous Aubuchon ou Lepailleur, parce qu’elle s’était mariée une première fois avec un Jacques Aubuchon, un coureur des bois, mais il était mort gelé en forêt, alors, peut-être qu’elle avait aussi été classée dans les « L », à cause de son deuxième mari, Michel Lepailleur.

On a reçu leur réponse quelques semaines plus tard. Il faisait encore chaud dehors, alors on a ouvert la lettre sur les marches de la galerie. On nous a écrit que les documents avaient été perdus.

Catherine m’a regardé, déçue. On a levé les yeux sur nos cent mètres d’asphalte. On a compris toutes les deux que tout ce qu’il resterait de Catherine Jérémie, c’était une petite herbiériste et trois plaques de noms de rues.

Québec ville de littérature UNESCO

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