1870 : une élection rocambolesque

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Patrimoine

1870 : une élection rocambolesque

13 mai 2020 (4 votes )

Texte de David Tremblay

L’histoire de Québec est riche en événements de toutes sortes. Parmi ceux-ci, il y a l’épisode du maire Guillet dit Tourangeau qui, refusant d’admettre sa défaite, s’était barricadé dans l’hôtel de ville. Ça vous dit quelque chose?

Nouvelles règles électorales

Cet événement est survenu le 2 mai 1870, mais son histoire commence au mois de février de cette même année alors qu’une nouvelle loi votée par l’Assemblée législative de la province de Québec entre en vigueur. Cette loi stipule que, désormais, le maire de la ville est élu par les membres du conseil municipal au lieu de l’ensemble des propriétaires et locataires qualifiés. On revient donc au système qui était en vigueur avant 1856, année de la mise en place du scrutin direct pour le poste de maire de Québec. Quant aux conseillers, ils sont toujours élus par le peuple, mais seulement 1800 personnes ont désormais le droit de vote. Pourquoi? Seuls les mieux nantis peuvent élire les conseillers et échevins. Voilà un net recul pour la démocratie.

En vertu de ces nouvelles dispositions, des élections doivent avoir lieu en mai 1870. Voilà qui ne fait pas l’affaire d’Adolphe Guillet dit Tourangeau alors qu’il est redevenu maire de Québec depuis seulement quatre mois. Ce dernier avait effectivement occupé ce poste de 1863 à 1866, quelques années auparavant.

Élection et siège de l’hôtel de ville

Dans un scénario digne d’un film, le maire Tourangeau tente alors d’empêcher la tenue de l’élection par divers moyens. Il refuse de signer les listes électorales, alléguant qu’elles n’ont pas été révisées. En outre, il va jusqu’à suspendre le greffier L.A. Cannon de ses fonctions!

Le 2 mai 1870, c’est le grand jour. Les craintes de Guillet se concrétisent et les élus choisissent Pierre Garneau comme nouveau maire. Refusant de reconnaître la vérité, Guillet dit Tourangeau ne lâche pas le morceau et se barricade dans l’hôtel de ville avec quelques partisans et conseillers, pensant avoir l’appui de la population. Le nouveau maire, Pierre Garneau, fait surveiller l’édifice par des policiers, ce qui n’a aucun effet sur Guillet. Puis, il demande l’aide de l’armée et fait couper les vivres. Des jeunes vont même forcer les portes de l’hôtel de ville! Affamé, Tourangeau finit par se rendre après quelques jours de siège. Pierre Garneau sera maire jusqu’à 1874.

Le maire déchu n’a pas tout perdu. Deux mois après cette rebuffade, il devient député fédéral de Québec-Est, un poste qui sera ensuite occupé pendant fort longtemps par un certain Wilfrid Laurier.

Sources :

  • Archives de la Ville de Québec, fonds et collections
  • Réjean Lemoine et Louise Côté, Les maires de Québec depuis 1833. 2013.
  • Yves Hébert, « TOURANGEAU, ADOLPHE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003 –, consulté le 22 avril 2020, http://www.biographi.ca/fr/bio/tourangeau_adolphe_12F.html

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