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Petit bloc et gros bloc

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Une vie à l’ombre de l’usine

Ces maisons mitoyennes évoquent les cités ouvrières anglaises. Elles ont été construites, comme le gros immeuble au nord de la rue, pour loger les ouvriers de la filature de Montmorency. Isolées sur le plateau, les familles des blocs forment un monde à part. Même si elles partagent, avec le reste de la municipalité, une vie rythmée par l’usine et des conditions de travail souvent pénibles.

Des logements à prix modique

En 1899, la filature de coton implantée au pied de la chute Montmorency cherche à augmenter ses effectifs. Pour attirer de nouveaux employés, elle construit un immeuble en brique rouge de quatre étages, aujourd’hui le 37-103, boulevard François-Xavier. Surplombant l’église paroissiale, le gros bloc, tel qu’on le surnomme, comprend 28 logements.

À cette époque, la compagnie de coton, affiliée bientôt à la Dominion Textile, compte 325 employés. En plus du gros bloc, elle possède 7 maisons au pied de la falaise, qui abritent 18 familles. Ces logements fournis à prix modiques permettent de sédentariser une population ouvrière jugée mobile… mais aussi de mieux la contrôler. La formule s’avérant efficace, la compagnie construit le petit bloc en 1910, l’actuel 58-80, boulevard Magella-Laforest. Plus proches de l’habitation des villes industrielles britanniques, ces maisons mitoyennes comptent 12 unités.

La gang des blocs

Le sociologue Fernand Dumont (1927-1997), un des grands intellectuels du Québec, passe son enfance au troisième étage du gros bloc et sa jeunesse au petit bloc. Dans ses mémoires, il raconte que les logements abritent parfois de 10 à 15 personnes, souvent trois générations d’une même famille. Selon lui, on envie les habitants du petit bloc qui bénéficient d’une cour arrière où ils peuvent aménager un jardin, même un poulailler. Un avantage qui se paie de cinq à six dollars de plus par mois.

Ces immeubles densément peuplés et mal insonorisés favorisent les commérages, d’après Fernand Dumont. On connaît les secrets de ses voisins, les problèmes d’alcool de l’un, la violence ou l’infidélité de l’autre. Par la force des choses, plus que par choix, les habitants des blocs forment un clan. On leur reconnaît une identité particulière, « peu flatteuse », écrit le sociologue. Les jeunes du village n’osent pas s’approcher du plateau des blocs. Et avec les garçons de Courville, municipalité voisine, la guerre est clairement déclarée.

Mais l’esprit de clan n’est pas l’apanage du secteur des blocs. Il y a aussi la « gang du bout de la dalle » (près de la 113e Rue), la « gang du coin du collège » (près de la 103e Rue) et la « gang du bout de l’hôtel de ville ». Car au-delà de la famille, les relations sociales reposent beaucoup sur le voisinage immédiat.

Au rythme de l’usine

La filature, moteur économique de Montmorency, est l’objet de toutes les conversations. Presque tous les hommes et les jeunes femmes y travaillent. Et cela, avec les salaires les plus bas de l’industrie manufacturière. Les journées de 9 heures et les semaines de 55 heures sont la norme, avec deux congés annuellement, à Noël et au premier de l’An.

Selon une enquête réalisée en 1938, il y a de la filasse et des poussières dans l’usine, parfois des émanations de gaz nocifs, qui attaquent les poumons. Dans les ateliers, la chaleur et l’humidité sont excessives, pour empêcher les fils de sécher et de casser. L’été, il fait si chaud qu’en tordant sa chemise, elle dégouline d’eau. Le stress affecte également les ouvriers, car il faut une attention constante pour repérer les bris des machines.

Ces conditions de travail, auxquelles s’ajoute le bruit incessant des machines, prédisposent aux maladies pulmonaires, à une grande fatigue et à la surdité. Il faudra plusieurs grèves, dans les années 1940, pour améliorer les conditions de travail et les salaires. Sans toutefois régler tous les problèmes.

La prise en mains

Au début des années 1980, avant même la fermeture définitive de la Dominion Textile, plus du tiers des familles de la municipalité vivent dans des conditions économiques précaires. Mais les locataires des gros bloc et petit bloc se retroussent les manches. En 1982, ils forment deux coopératives pour acheter et rénover leurs immeubles respectifs. Il faut insonoriser les cloisons, améliorer l’isolation thermique, refaire la plomberie et l’électricité. La coopérative Saint-Grégoire, anciennement le petit bloc, accueille ses résidents en 1983. Sa voisine, le gros bloc, dit le Bloc Quatre-Vents, ouvre quelques mois plus tard.

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