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Îlot Berthelot

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Au cœur des luttes citoyennes dans Saint-Jean-Baptiste

L’îlot Berthelot borde l’ancien marché Berthelot aménagé en 1835 pour desservir la population de plus en plus nombreuse qui s’établit hors de la ville fortifiée, dans les faubourgs Saint-Jean et Saint-Louis. Dans les années 1970, il devient le symbole de la résistance citoyenne à la transformation du tissu urbain traditionnel du quartier Saint-Jean-Baptiste. Des coopératives d’habitation y proposent une alternative à la modernisation accélérée.

Marché Berthelot, nouveau carrefour, nouveaux besoins

Au 19e siècle, l’ouverture d’un nouveau marché public s’impose dans les faubourgs populeux qui se développent près des portes Saint-Jean et Saint-Louis, à l’extérieur des remparts. Michel et Amable Berthelot offrent gratuitement une portion de leur propriété pour que la Ville y construise une halle, le futur marché Berthelot, situé à la frontière des deux faubourgs, qui deviendra vite un carrefour très fréquenté.

La halle est agrandie en 1852, puis reconstruite en pierre et en brique en 1866. En 1901, l'Association des zouaves – ces soldats dédiés à la défense des États du pape – s’y installe et, progressivement, l’occupe en totalité, parce que les gens s’approvisionnent désormais dans les épiceries du coin de préférence à cette halle centrale. Les zouaves la transforment en centre de loisirs : salle de gymnastique et allées de quilles, jeux de table et d’anneaux, bibliothèque et salle de conférences. En 1962, un incendie endommage le bâtiment que la Ville décide de démolir pour intégrer cet espace à son grand projet de modernisation.

Résistance et persévérance citoyennes

La Révolution tranquille des années 1960 se traduit à Québec par une grande transformation du centre-ville. Autour de la colline Parlementaire, le gouvernement remplace l’ancienne trame urbaine par de hauts édifices à bureaux afin de loger ses nombreux fonctionnaires. Des promoteurs privés se joignent au mouvement et construisent à leur tour hôtels, bureaux et commerces en hauteur.

Cette fièvre de grandeur s’essouffle au milieu des années 1970, faute d’argent. Au même moment, l’opposition à la transformation radicale du quartier Saint-Jean-Baptiste s’organise. Rue Saint-Gabriel, voisine de l’ancien marché Berthelot, les locataires qui habitent une vingtaine de maisons déjà expropriées pour laisser place à un futur boulevard urbain se lassent de vivre dans l’incertitude, car le projet est sans cesse retardé. Ils unissent enfin leurs efforts et rénovent leurs demeures, même s’ils ne sont que locataires, dans l’intention de faire annuler le projet. Ils attirent aussi l’attention du public et des médias sur les besoins de logements abordables dans le quartier et proposent d’acquérir ces résidences sous la forme d’une coopérative d’habitation.

À force de persévérance, ce « mouvement Saint-Gabriel », qui donnera naissance au Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, obtient gain de cause en 1978. Les coopératives d’habitation St-Gabriel et l’Archange signent un bail de 66 ans avec la Ville de Québec.

L’îlot Berthelot

Cette initiative inspire d’autres luttes citoyennes. À côté de l’ancien marché Berthelot transformé en parc, l’espace laissé vacant par la destruction de pâtés de maisons suscite l’envie des promoteurs qui veulent y construire d’autres grands édifices. Mais des groupes de citoyens s’y opposent fermement en refusant d’obtempérer aux avis d’expropriation qui les frappent.

La lutte entre les deux visions qui s’opposent quant à l’usage de ce qu’on appelle désormais l’îlot Berthelot se poursuit pendant une trentaine d’années. S’affrontent les compagnies qui l’ont acquis pour y construire un gratte-ciel et les citoyens qui veulent y préserver une fonction résidentielle abordable, dans des bâtiments à gabarit modeste respectant le tissu traditionnel du quartier. En 1996, après plusieurs rebondissements, la coopérative d’habitation de l’îlot Berthelot obtient le droit d’occuper quelques maisons. Mais la question n’est pas réglée définitivement.

La coopérative d’habitation L’Escalier

Un nouveau différend survient en 2002 lorsqu’un groupe de militants occupe une maison abandonnée de la rue De La Chevrotière pendant tout un été. Leur objectif est de s’assurer que les espaces toujours libres de l’îlot Berthelot seront réservés à la construction d’habitations familiales. Trois ans plus tard, après de multiples tergiversations, la Ville cède la majeure partie de ce quadrilatère à la coopérative d’habitation L’Escalier, qui y construit 80 unités de logements destinées aux familles. Aujourd’hui, l’escalier qui sépare les deux immeubles de cette coopérative d’habitation porte le nom de « passage de la Résistance ». On ne pouvait trouver nom plus approprié.

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