
Photo : Construction dans le secteur
Saint-Jean-Baptiste (détail), 5 juillet 1970, Archives de la Ville
de Québec.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Québec s’apprête à
vivre de grandes transformations. Plusieurs d’entre elles
contribueront à façonner le paysage urbain actuel de Québec.
Une cité parlementaire
Les édifices de la colline Parlementaire, dont les derniers érigés remontent
au début des années 1930, s’avèrent insuffisants. La construction d’une
véritable cité parlementaire regroupant dans le même secteur la majorité des
ministères débute à la fin des années 1960.
Des noms à la place des lettres
En 1980, un décret rebaptise les
édifices désignés depuis la fin des années 1930 par les lettres A, B, C et
E. Ceux-ci deviennent les «hôtel du Parlement», «édifice Pamphile-LeMay»,
«édifice Honoré-Mercier» et «édifice André-Laurendeau». Renommé
«Marie-Guyart» en 1989, le complexe G reste cependant encore, pour
plusieurs, le «G».
Fière de son passé
Au début des années 1960, des édifices abandonnés et délabrés entachent la
vieille ville. La création de l’arrondissement historique du Vieux-Québec
en 1963 puis l’adoption d’une loi visant à promouvoir la restauration de la
place Royale en 1967 sont autant d’initiatives qui vont redonner vie à ce
secteur à l’aspect négligé. Ces efforts mènent à l’inscription de
l’arrondissement historique sur la prestigieuse liste du patrimoine mondial de
l’Unesco, en 1985.

Superfrancofête, du 13 au 24 août 1974. Lors de la soirée
d’ouverture, Félix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert Charlebois
sont réunis sur scène dans le cadre du spectacle J'ai vu le loup, le
renard, le lion. Devant plus de 100 000 personnes, ils lancent un
message d'amitié et de paix : «Quand les hommes vivront d’amour, il
n’y aura plus de misère... »
Photo : Superfrancofête, août 1974, Archives de la
Ville de Québec.
Québec francophone
Le rôle de Québec comme chef de file au sein de la francophonie
nord-américaine s’est affirmé tôt, notamment avec la Grande Convention nationale
des francophones d’Amérique en 1880 et le premier Congrès de la langue française
en 1912. Le temps a confirmé ce rôle de capitale de la francophonie. Pensons à
la Superfrancofête (1974), aux Sommets de la Francophonie (1987 et 2008) et à la
création du Centre de la francophonie des Amériques, cadeau de la France pour le
400e anniversaire de Québec.
L’attrait de la banlieue
Après la Seconde Guerre mondiale, des familles quittent le centre-ville,
attirées par les espaces verts et une meilleure qualité de vie. La population de
plusieurs secteurs augmente de façon spectaculaire. Entre 1941 et 1961, Giffard,
Beauport, Charlesbourg et Sainte-Foy passent de 11 000 à 63 000 résidents. À
l’inverse, la population de Saint-Roch chute de 13 450 à 6 815 personnes.
Adieu tramways!
De 1940 à 1954, le nombre d’automobiles passe de 15 500 à plus de 60 200.
Cette situation, combinée à l’utilisation plus fréquente de l’autobus, entraîne
progressivement la disparition des tramways, ou «p’tits chars» électriques. Le
26 mai 1948, ils circulent pour la dernière fois dans les rues de Québec. Le
lendemain, 140 autobus prennent la relève.

L’actuelle autoroute Dufferin-Montmorency sans ses bretelles.
Photo : Autoroute Dufferin-Montmorency, Paul Dionne.
La mal-aimée : l’autoroute Dufferin-Montmorency
La construction
de l’autoroute Dufferin-Montmorency à partir de 1969 a fait couler
beaucoup d’encre en posant divers problèmes : obstruction de l’accès
au fleuve, division du quartier Saint-Roch, destruction des battures
de Beauport. Mis en veilleuse en 1976, le projet inachevé de
construction d’un tunnel routier entre le boulevard Champlain et la
colline Parlementaire laissera les bretelles de cette autoroute se
heurter au roc de la falaise jusqu’à leur démolition à l’été 2007.
L’ère des autoroutes
Ces nouvelles habitudes entraînent l’expansion du réseau routier. Le
boulevard Laurier est construit de 1945 à 1947. Mais c’est entre les années 1960
et 1976 que sont érigées les principales voies d’accès : autoroutes
Laurentienne, Dufferin-Montmorency, de la Capitale (aujourd’hui Félix-Leclerc)
et Duplessis, ainsi que boulevards Saint-Cyrille (aujourd’hui René-Lévesque),
Champlain, Henri-IV et du Vallon (aujourd’hui Robert-Bourassa). Le pont
Pierre-Laporte, inauguré en 1970, est le premier pont suspendu au Canada soutenu
par des câbles à fils parallèles.
Un campus à l’américaine

Vue aérienne de l’Université Laval.
Photo : Vue aérienne de l'Université Laval, Université Laval.
L’Université Laval, à l’étroit dans ses locaux du Vieux-Québec, s’établit à
compter des années 1950 aux limites de Sainte-Foy et de Sillery. Axes croisés à
angles droits encadrant des surfaces gazonnées, édifices disposés selon une
certaine hiérarchie : l’aménagement proposé s’inspire des campus américains.
L’École d’arpentage et de génie forestier est la première à s’y installer, en
1950. Les autres facultés et écoles la suivront jusqu’en 1966.
Le règne des centres d’achats
Les premiers centres commerciaux à faire leur apparition sont Place Ste-Foy,
en 1957, et les Galeries de la Canardière, en 1958. Place Laurier, alors le plus
grand centre commercial au Canada, ouvre en 1961, suivi de Place Fleur-de-Lys,
en 1963, et des Galeries de la Capitale, en 1981. Ces ouvertures entraînent la
désertion des commerces du centre-ville. Plusieurs magasins qui ont fait les
beaux jours de la capitale doivent fermer : la Compagnie Paquet et le Syndicat
de Québec font partie de ceux-là.
Une commémoration houleuse

Photo : Visite d'Élisabeth II à Québec,
23 juin 1959, Archives de la Ville de Québec.
En 1864, Québec avait été l’hôte d’une conférence où eurent lieu les débats
qui menèrent à la création de la Confédération canadienne, en 1867. Cent ans
plus tard, la commémoration de ladite conférence marque l’histoire de Québec. En
effet, le 10 octobre 1964, Québec accueille la reine Élisabeth II. Cette visite,
qui survient en pleine effervescence nationaliste, est mal vue. Pour empêcher
toute manifestation hostile, les policiers répriment de façon brutale les
opposants à la venue de la souveraine: c’est «le samedi de la matraque». La
reine reviendra à Québec en 1987 sans que sa visite ne suscite autant de
tumulte.
Chez Gérard
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Gérard
Thibault donne un nouveau souffle à son restaurant situé au coin des rues
Saint-Nicolas et Saint-Paul en offrant des repas chantants. C’est la
naissance du cabaret Chez Gérard, où de nombreux artistes français célèbres
se produiront, dont Charles Aznavour, Georges Brassens, Édith Piaf et
Charles Trenet (sur la photo). Endommagé par un incendie en 1978, le lieu
est restauré puis classé monument historique dans les années 1980.
La saga du Grand Théâtre
À sa façon, la commémoration de
la Confédération canadienne fut tout sauf banale. Tout commence en
février 1963. Jean Lesage, premier ministre du Québec, suggère à son
homologue fédéral de participer à la création à Québec d’un «monument
» qui commémorerait le centenaire de la Confédération en 1967. Dès
lors prend forme le projet du Grand Théâtre, qui abritera une salle
d’opéra et de concert, une salle de théâtre et le Conservatoire de
musique de Québec. Mais où construire? Les suggestions pleuvent.
Parmi elles, mentionnons les parcs Cartier-Brébeuf, Victoria,
Montmorency et les plaines d’Abraham. Ces propositions sont rejetées
: on retient l’emplacement actuel, privilégié dès le départ par
Lesage, qui y voyait un complément intéressant à la colline
Parlementaire.
La construction ne se fera pas sans embûches. Entre la levée de la première
pelletée de terre et l’inauguration, quatre ans s’écoulent, ponctués d’un arrêt
des travaux en raison d’un changement de gouvernement, de délais dans l’octroi
des contrats et d’une grève. Et que dire du tollé que suscita la murale de Jordi
Bonet portant les mots «Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves? C’est
assez!» de Claude Péloquin? L’inauguration se fera en 1971… quatre ans après les
célébrations du 100e anniversaire de la Confédération!
Un passé bien… présent

Les funérailles officielles de la mairesse de Québec Andrée P.
Boucher eurent lieu à la basilique Notre-Dame-de-Québec et
furent retransmises sur écrans géants.
Photo : Funérailles de la mairesse Andrée P. Boucher, 1er septembre 2007,
Ville de Québec.
Du côté de l’hôtel de ville
Depuis 1833, 37 maires se sont succédé à l’hôtel de ville, parmi lesquels des
jeunes – 31 ans (Hector-Louis Langevin, 1857-1860) – et des moins jeunes –
69 ans (Robert Chambers, 1878-1880). Certains n’ont fait que passer – 47 jours
(Georges Tanguay, 1906) –, alors que d’autres sont restés plus longtemps – le
record est de 16 ans (Jean-Paul L’Allier, 1989-2005). L’un (Simon-Napoléon
Parent) a même cumulé les fonctions de maire (1894-1906) et de premier ministre
du Québec (1900-1906). Une seule femme a occupé ce poste (Andrée P. Boucher,
2005-2007).
« Accro » du pouvoir
La palme du rocambolesque revient au maire Adolphe Guillet dit
Tourangeau qui, en 1870, se barricade à l’intérieur de l’hôtel de ville
avec ses conseillers à la suite de sa défaite. Le nouveau maire élu,
Pierre Garneau, fait surveiller les lieux jour et nuit pour briser le
siège. Affamés, les occupants sortiront après trois jours de réclusion.
Une ville dans la ville
Saviez-vous qu’il existe en plein cœur de la basse-ville de Québec une
municipalité de paroisse? Il s’agit de Notre-Dame-des-Anges. Constituée
en 1855, cette municipalité sous la gouverne des Augustines – dont certaines
portent le titre de mairesse et de conseillères – englobe l’Hôpital général
de Québec et les édifices associés à l’institution: monastère, église et
musée.
Annexions, fusion et défusion
En 400 ans, les limites du territoire de la ville de Québec ont subi des
modifications. Pensons notamment aux annexions qu’elle a connues de la fin du 19e siècle
jusqu’au 20e siècle. La fusion de 13 municipalités de banlieue avec
Québec, le 1er janvier 2002, a elle aussi modifié le découpage
urbain. Quatre ans plus tard, les limites de Québec changeaient à nouveau à la
suite de la défusion de Saint-Augustin-de-Desmaures et de L’Ancienne-Lorette.
Place à la fête!

Photo : Monument de Champlain, Ville de Québec.
Que d’occasions de célébrer son anniversaire a eues Québec en 400 ans ! En
1898, pour son 290e, elle s’offre le monument Champlain près du
Château Frontenac. La commémoration du tricentenaire en 1908 donne lieu à des
fêtes grandioses. Si les 350e et 375e sont de facture plus
modeste, pour le 400e, les ambitions sont grandes : faire de cet
anniversaire une «année exceptionnelle de commémoration».
À l’occasion du 400e anniversaire de la ville, le
monument de Champlain a fait l’objet d’une restauration minutieuse.
Lors des travaux, une caissette commémorative contenant des
documents et des objets datant de 1898 a été trouvée. Elle avait été
placée dans le socle au moment de l’inauguration du monument. Une
nouvelle caissette a été placée le 23 septembre 2008.
Le legs du tricentenaire
Du 19 au 31 juillet, la population est conviée à des concerts,
spectacles, parades, feux d’artifice, illuminations de la ville et
autres manifestations. Des invités de marque et de nombreux touristes
participent aux activités. Cet anniversaire coïncide avec la création du
parc commémoratif des plaines d’Abraham. Véritable joyau, ce lieu fut à
nouveau au cœur des célébrations lors du 400e de Québec.