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Patrimoine

Chronique toponymique : parc des Saints-Martyrs

22 octobre 2018 (3 votes )

Texte de Thomas Langlois

Cette chronique mensuelle rend hommage aux histoires cachées derrière les noms des rues et parcs de Québec. Chaque mois, un auteur émergent soutenu par Première Ovation s’inspire du patrimoine pour créer de courtes œuvres où le réel croise l’imaginaire. En octobre, revisitez l’histoire des martyrs canadiens, dont un parc du quartier Saint-Sacrement porte le nom.

Parc des Saints-Martyrs

ÉBRANCHÉS.

Ébranchés

Ben avant d’avoir des parcs énormes,
on recule à l’époque où la Compagnie d’Jésus débarque en Amérique
pour y épandre sa pensée pandémique
aux dépens des macchabées qui allaient s’accumuler à Québec
Maculés d’repentances,
encore nos revenants rampent,
hantent ensemble la Nouvelle-France
on les entend scander :

Évangélisons les femmes et les hommes aux anges
et lisons-leur le verbe du Sauveur
Faut s’efforcer d’vociférer ces versets,
faire résonner la Foi,
servir, réserver ces sauvages
en les sauvant d’Lucifer

et nos saints martyrs missionnaires
sont ainsi partis moissonner les consciences
à même leurs écorces encore scellées,
car c’est par ce commerce de l’aumône
qu’on morcelle le mieux les mœurs et

un jour, ces agriculteurs seront mûrs et nous remercieront

qu’ils s’disaient,

jusqu’à Montréal, y vont réaliser

Donc not’ cohorte de robes noires toc-toc cogne aux portes autochtones
colporte une tonne de Bonnes Nouvelles – ça pis la p’tite vérole
Tout fiers et allumés,
nos curés s’sont rués en Huronie curer les Hurons,
ironie, l’ennem’Iroquois s’est rué su’es curés pour les tuer,
y’ont pris le Père Brébeuf qui, dépité
s’est vu débiter des bouttes d’épiderme
tout piteux pis toute, comme une épinette, et pis même
sa bouille ébouillantée,
par tou’es bouts entaillés
bétail aux embouts bâillant, scalpé en épouvantail
y s’retenait pourtant de tout’ ses poumons d’en brailler
Faque devant la force de nerfs
de c’fonctionnaire d’la Foi et du Seigneur
qui face à l’atroce s’énervait pas,
ses tortionnaires,
pour s’en approprier l’courage,
arrachent son écorce, l’honorent,
dévorent la force hors de son torse saignant
régalés d’ce cœur dévot, rêveur qui,
après leur avoir volé des forêts
aura réussi à eux aussi les dévorer

De toutes nos légendes
qu’on aura mangées à grands coups d’certitudes,
qu’est-ce qui s’restitue
Une hémorragie sans goût, une détresse titubante,
béante, baie entière d’épinettes ébranchées
des binettes, des p’tits bouts d’êtres retranchés
sculptés par l’étranger
Au cœur du parc, on entend chanter l’angine
à travers le vent gémit l’Évangile
que prononcent ces cultures, sœurs des forêts
pour nos sépultures, nos mœurs dévorées

Québec ville de littérature UNESCO

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