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Patrimoine

Curieux objets - La boîte d'alarme

28 octobre 2019 (3 votes )

Texte de Jean Provencher

Savez-vous que la Ville de Québec possède une collection de plus de 15 000 objets? Chaque mois, découvrez un pan méconnu ou inusité de l’histoire de notre municipalité grâce à cette série de chroniques signées par l’historien Jean Provencher.

Combattre le feu à Québec

Boite d'alarme. Collection Ville de Québec, 1985.0063-35.

Avez-vous déjà imaginé qu’un de vos arrière-grands-pères ait été, enfant, un brin délinquant? C’est cette magnifique boîte d’alarme dans la grande collection de la Ville de Québec qui m’y amène. Avant qu’une très grande majorité de familles dispose du téléphone, dès qu’un feu éclatait, on courait à cette boîte près de chez soi pour appeler les pompiers. Et combien de gamins se sont amusés à déclencher son mécanisme simplement pour le plaisir, le jour du poisson d’avril, comme en d’autres temps? Les journaux l’évoquent fréquemment.

Mais revenons à l’histoire du feu. Parfois, il m’arrive de croire que nous pouvons faire l’histoire de Québec en empruntant la voie des incendies que la ville a connus. D’accord, l’affirmation est un peu forcée, mais il n’empêche que le nombre de nos feux nous a, de fois en fois, poussés à réfléchir à nos manières de les combattre.

Au début, et pendant longtemps, nous vivions nos joies et nos petits problèmes quotidiens sans avoir en tête le drame d’un incendie. De temps à autre, une cheminée prenait feu et les autorités répétaient la nécessité du ramonage. Bien épargnés étions-nous.

Cependant, nous voici ici à place Royale. Le 4 août 1682, à neuf heures et demie du soir, on s’en souvient encore, le feu prend chez Étienne Blanchon, le tailleur de la rue Notre-Dame. Catastrophe. Cinquante-cinq « corps de logis » y passent. Les gens de la haute-ville, en particulier les Augustines de l’Hôtel-Dieu, hébergent le monde. Il faudra le don d’une partie de la fortune du marchand Charles Aubert de La Chesnaye pour tout rebâtir en quelques années.

Et les feux vont se succéder, et nous imaginerons de nouvelles manières de pouvoir les éviter. De 1713 à 1725, le quartier du Palais brûle trois fois. C’est assez. L’ingénieur Gaspard Chaussegros de Léry remet une règlementation à l’intendant Dupuy. Finies les constructions en bois dans l’arrondissement du Vieux-Québec. Fini le bardeau de cèdre pour les toitures. Prolongation obligatoire des murs pignons au-dessus des toitures pour créer des coupe-feux. Interdiction de toute boiserie apparente à l’extérieur des maisons. Ce faisant, on définit l’image que projette encore aujourd’hui le Vieux-Québec. Au 19e siècle, quand les faubourgs brûleront, on appliquera une politique s’inspirant de celle-ci, avec l’apparition de la brique, en particulier.

Mais il faudra davantage rendre l’eau rapidement disponible en cas de crise. Les réservoirs mis en place dans les quartiers ne sauraient suffire. La construction de l’aqueduc depuis le lac Saint-Charles jusqu’au cœur de la ville au tout début des années 1850, à la rencontre de l’avenue de Salaberry et du chemin Sainte-Foy, sera le grand événement du 19e siècle. Le budget de la ville s’en trouvera grevé pour plusieurs années, mais il le fallait. Au fil du temps, on multipliera les conduites d’amenée.

Bientôt avec les pompes à vapeur, le réseau d’aqueduc et ses bornes-fontaines et le télégraphe d’alarme (le téléphone n’existe pas encore), on abandonne le volontariat des sapeurs pour créer un véritable service d’incendie avec des pompiers salariés.

Mais, même là, il faudra constamment demeurer vigilants et raffiner nos moyens techniques avec l’espoir de ne plus jamais avoir à affronter l’ennemi. Nos détecteurs de fumée et nos gicleurs sont nos armes les plus récentes, jusqu’à l’invention d’une prochaine. À ma résidence, heureux, je bénéficie d’un détecteur branché directement sur le poste de pompiers le plus près.

Petit salut à nos pompiers. Nous ne pouvons vraiment pas leur reprocher de ne pas être conscients de l’importance de l’histoire. Au fil des années, plutôt que de les détruire, ils ont donné à la Ville un grand nombre d’objets devenus inutiles, enrichissant ainsi la collection.

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