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Sillery

Pêche

Pêche

Une tradition millénaire

Les amateurs de pêche se retrouvent souvent au quai des Cageux pour jeter leur ligne à l’eau. Avec l’espoir, sans doute, d’attraper un brochet ou un gros esturgeon. Ils participent ainsi à une longue tradition. Car à Sillery, la pêche en bordure du fleuve se pratique depuis des milliers d’années. On y a notamment capturé des quantités prodigieuses d’anguilles, longtemps l’espèce la plus recherchée.

Pêches séculaires

Il y a au moins cinq mille ans, des Autochtones fréquentent les hauteurs de Sillery en laissant derrière eux des traces de foyers et d’outils. Pour se nourrir, ils chassent, cueillent et pêchent en bordure du fleuve, les ressources étant abondantes. Quelques millénaires plus tard, à l’époque où les Iroquoiens occupent la région, la pêche au harpon et au filet se poursuit. En 1535, l’explorateur Jacques Cartier rencontre ces spécialistes de la pêche qui lui apportent « force anguilles et autres poissons ».

Lors de la fondation de Québec, près de l’ancien site iroquoien de Stadaconé, où Cartier avait rencontré le chef Donnacona, les berges du Saint-Laurent sont occupées l’été par des autochtones de différentes nations. Parmi eux, les Montagnais se retrouvent nombreux dans l’anse qu’ils nomment Kamiskoua-Ouangachit, un nom qui, selon certains, signifie « la Pointe aux anguilles ». C’est là, en 1634, que les Jésuites fondent leur mission Saint-Joseph, à l’origine de Sillery, un territoire que les Hurons-Wendats considèrent comme leur.

D’habiles pêcheurs

Les Jésuites écrivent que la pêche aux abords de la mission est « prodigieuse », de même que la variété des poissons : esturgeon jaune ou noir, omble chevalier, barbue de rivière, doré, saumon et éperlan. Il y a même des « quantités admirables de bélugas » et, selon Pierre Boucher (1664), des anguilles « aussi grosses que la jambe d’un homme ».

En eau calme, les Autochtones capturent l’anguille au harpon. Ce type de pêche se pratique la nuit dans un canot éclairé au flambeau. Un pêcheur habile peut attraper plus de 300 anguilles en une seule sortie. Les Autochtones utilisent aussi des nasses. Ce sont de grands paniers oblongs installés sur le rivage à marée basse, près de murets de pierre disposés en « V ». Les anguilles qui longent ces murets finissent par s’introduire dans les nasses sans pouvoir en ressortir. En une seule marée, on en ramasse des centaines que l’on déguste fraîches, mais le plus souvent boucanées. Ainsi préservée, l’anguille sert d’aliment de base jusqu’à la chasse aux gros gibiers, à la mi-janvier.

Dans la continuité

L’anguille est aussi une ressource importante pour les colons français. L’aliment riche en protéines, conservé salé dans des tonneaux, aide à surmonter bien des famines. Pour pêcher, les colons adoptent les nasses et les murets des Autochtones en y ajoutant des perches inspirées des gords de la France maritime. Ces pêches à fascines, améliorées au fil des ans, persisteront à Sillery jusqu’à récemment.

Au 19e siècle, le commerce du bois occupe toutes les anses jusqu’à la ligne de haute marée. Il faut attendre le début du siècle suivant pour que les pêches à fascines réapparaissent à Sillery. La famille Lachance de l’île d’Orléans y pratique alors une pêche commerciale. Elle vend ses anguilles et son poisson de porte en porte et dans les marchés de Québec.

Les Sillerois sont également nombreux à jeter leur ligne à l’eau, depuis le quai Frontenac ou les quais désaffectés qui bordent le Saint-Laurent. On y pêche l’éperlan l’automne, puis de nombreuses autres espèces de poissons qui ajoutent au quotidien des habitants des anses, surtout au cours de la Grande Dépression des années 1930.

La fin d’une époque

Dans les années 1960, les Lachance abandonnent la pêche à l’anguille, mais Joseph Paquet, également de l’île d’Orléans, reprend le commerce. Cet ancien agriculteur installe notamment ses pêches à fascines au bas des côtes de Sillery et à Gignac. Ses prises sont vendues fraîches ou fumées dans sa poissonnerie du village de Saint-Pierre. Une partie est également destinée au marché étranger.

La diminution de la ressource amène toutefois l’abandon de la pêche à l’anguille, vers 2009. D’autres espèces reviennent toutefois en force, selon le pêcheur Alain Doré, qui conserve à ce jour le droit de pêcher l’esturgeon au filet dans les eaux de Sillery. Puis il reste les pêcheurs du quai des Cageux. L’un d’eux fume le produit de sa pêche, jurant par tous les saints que c’est le meilleur poisson au monde. Une tradition millénaire se maintient donc bien vivante.

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La pêche à Sillery

La pêche à Sillery

Alain Doré est passionné de pêche sur le fleuve, dont il connait tous les secrets. Il transmet avec fierté ses connaissances et l’amour de son métier, lui qui a été l’un des derniers pêcheurs traditionnels d’anguilles dans les anses de Sillery.

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