Biographie
Louis Jean-Baptiste Jobin voit le jour le 26 octobre 1845 à Saint-Raymond, dans la région de Portneuf. Il est le fils de Jean-Baptiste Jobin, cultivateur et de Luce Dion. Issu d’un milieu modeste, il passe une partie de son enfance à Neuville, où se manifestent déjà ses aptitudes naturelles pour les arts visuels. Vers 14-15 ans, il travaille chez un oncle sculpteur de bois domicilié à Québec et œuvrant dans la construction navale.
Très tôt, Jobin est attiré par la sculpture. Il fait son véritable apprentissage dans l’atelier du sculpteur François-Xavier Berlinguet, à Québec, où il découvre les exigences du métier et s’initie aux procédés artisanaux de la sculpture religieuse. En 1868, désireux de parfaire sa technique, il se rend à New York pour étudier auprès du sculpteur William Boulton, marbrier d’origine londonienne, avant de revenir exercer successivement à Montréal, puis de nouveau à Québec à partir de 1875. Finalement, en 1898, il établit son atelier à Sainte-Anne-de-Beaupré, où il poursuivra son œuvre jusqu’à la fin de sa vie. En 1907, il engage son neveu Édouard Marcotte comme assistant.
Artisan prolifique, Jobin crée au fil de sa carrière des milliers d’œuvres religieuses et profanes, se spécialisant dans la sculpture sur bois. De ses outils naissent une vaste galerie d’anges, de madones, de saints et de scènes pieuses qui orneront églises, chapelles, calvaires et sanctuaires à travers le Québec et en Amérique du Nord. Parmi ses œuvres majeures, on retient notamment la grande statue de Notre-Dame-du-Saguenay, haute de 7,5¿m, installée au cap Trinité, ainsi que de nombreux groupes sculptés monumentaux, dont un célèbre saint Georges terrassant le dragon à Saint-Georges-de-Beauce. Plusieurs de ses sculptures d’apôtres destinées à la façade de l’église de Montmagny sont aujourd’hui préservées dans des musées nationaux.
Reconnu pour sa créativité et son exigence, Jobin refuse d’être considéré comme un simple copiste : il insiste pour créer des modèles originaux plutôt que de reproduire des images ou des statuettes préexistantes. Profondément enraciné dans la tradition artisanale, il revendique davantage le statut d’artisan que celui d’artiste, et continue de travailler dans la simplicité de son petit atelier de Sainte-Anne-de-Beaupré jusqu’à un âge avancé.
Sa réputation dépasse toutefois largement les murs de son atelier. En 1880, lors de la Convention nationale tenue à Québec dans le cadre de la fête de la Saint-Jean-Baptiste, son talent est mis à contribution pour la création de plusieurs chars du grand défilé. Sept des vingt-deux chars sont alors ornés de sculptures réalisées par Jobin et son collègue Jean-Baptiste Côté. Parmi eux, celui de l’Agriculture, commandé par les cultivateurs de L’Ancienne-Lorette, fait particulièrement sensation.
Tout au long de sa carrière, les œuvres de Jobin se répandent dans les églises du Québec et jusque dans plusieurs institutions muséales du pays, notamment la Galerie nationale du Canada, le Musée national du Canada et la Galerie des arts de Toronto.
Louis Jobin s’éteint en 1928 à Sainte-Anne-de-Beaupré, à l’âge de 82 ans. Sa mort marque la fin d’une époque¿: celle d’une tradition sculpturale religieuse profondément enracinée dans l’artisanat québécois du 19¿ siècle. Aujourd’hui encore, son œuvre demeure un témoignage majeur du patrimoine artistique et religieux du Québec, et l’un des plus importants corpus sculptés de l’histoire canadienne.
Il épouse Marie-Flore Marticotte vers 1869. Ils adoptent une fille prénommée Éva.
Sources :
Saint-Raymond: une ville, une histoire (1987) : 47s.
Musée de la civilisation, Objets de civilisation (1990) : 107.
Ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration, Les Arts au Canada (1958) : 45.
Répertoire du patrimoine culturel du Québec, « Jobin, Louis ». Page consultée le 17 février 2026.
Mario Béland, « JOBIN, LOUIS (baptisé Louis-Jean-Baptiste) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– consulté le 17 févr. 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/jobin_louis_15F.html.
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